Karl Marx et John Locke : réflexion sur la propriété


Dans cette série de lectures (cours 3), la question principale était la propriété. Propriété comme dans l’accumulation en vue de la capitalisation au sens marxiste, défense de la propriété du travail ou des droits comme dans les chapitres tirés de Piracy, mais aussi propriété en son sens primaire, c’est-à-dire comme appropriation d’un bien ou territoire à exploiter, une notion qui se trouve discutée de façon philosophique chez Locke. Alfred Taiaike vient clore cette réflexion avec un texte sur la dépendance de l’état issue du colonialisme chez les autochtones.

Marx, K. Capital, V. 1, Huitième section : « L’accumulation primitive»
Locke, J. Second Treatise on Government, Chapter 5
Johns, A. (2010). Piracy: The Intellectual Property Wars from Gutenberg to Gates. Chicago: University of Chicago Press. Chapter 7 and 8.
Alfred, T. (2009). Colonialism and state dependency. Journal de La Santé Autochtone, 5, 42–60. 

Dans ce chapitre du Capital de Marx, on remet en contexte la première condition de la production capitaliste, soit « une accumulation primitive (previous accumulation, dit Adam Smith) antérieure à l’accumulation capitaliste » (chapitre XXVI). De cette accumulation primitive, qui sera décrite chez John Locke, dans le Second Treatise on Government, en des termes plus idéalisant de bien communaux et de développement du territoire découle néanmoins le « rapport officiel entre le capitaliste et le salarié ».

Pour Locke, la question de la propriété a tout à voir avec le travail. Celui qui cueille une fruit explique-t-il dans la section 28, se l’est approprié, mais à quel moment ces fruits deviennent-ils ses fruits ? C’est là, à son avis que le travail fait toute la différence : c’est le travail de l’Homme pour les entretenir, les cueillir et les retirer en ce sens du « bien commun » dans lequel ils étaient qui détermine qu’ils « appartiennent » à une personne.

S’en suit chez Locke une réflexion sur l’Amérindien qui utilise les ressources du territoires, sans s’approprier ledit territoire. Il chasse, cueille, mais sans modifier la « nature ». Cela serait vu aujourd’hui comme une vertu, mais dans le schème de Locke, celui qui s’approprie une parcelle de terre pour l’améliorer sans nuire à autrui est dans le bien. Dans la section 34, il précise même que Dieu a donné le monde à tous les Hommes pour leurs bénéfices, et que cela ne sous-entendait pas que ce monde doivent rester « commun » et sans « culture ».

 

On en arrive donc à lire entre les lignes, que le fait que les Amérindiens n’aient pas exploité la terre sur laquelle ils vivaient réduisent la compensation à laquelle ils pourraient avoir droit en perdant l’accès au territoire : « if all the profit an Indian received from it were to be valued, and sold here ; at leat, I may say truly say, not one thousandht ». Toujours parce que selon Locke, c’est le travail que l’on met à modifier un territoire et « l’entretenir » qui en fait la valeur.

 

Et touchant la notion d’accumulation capitaliste, que faire lorsqu’on a trop d’un produit périssable issu de notre labeur ? On le troque pour un produit non-périsssable comme l’or ou l’argent et ainsi, une réelle accumulation de « valeur » peut être accomplie. Toute cette théorie de Locke, fondée sur la croyance en un Dieu qui offre un monde nourricier à l’Homme pour qu’il en vive, consdière toujours comme acquis que l’Homme, à moins d’être malhonnête, ne prendra pas plus qu’il ne doit pour bien vivre.

 

Le dernier texte de cette série, Colionalism and state dependency, montre les effets sur les peuples des Premières Nations qu’a eu cette vision capitaliste du territoire américain : « Colonialism, as it is understood by most people, consists in such things as the resource exploitation of indigenous lands, residential school syndrome, racism, expropriation of lands, extinguishment of rights, wardship, and welfare dependency. ». Difficile d’ignorer le rôle d’expansion du capitalisme européen qu’aura eu le colonialisme avec ses stratégies de conquête et d’exploitation territoriale qui résultaient en l’expropriation ou l’asservissement des premiers habitants des terres convoitées.

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