Globalisation de la propriété, territoires, nationalismes et résistance


La cité murée de Kowloon, ville hors de la ville, hors des normes et des règles.

La cité murée de Kowloon, ville hors de la ville, hors des normes et des règles.

La communication internationale émerge avec le nationalisme moderne qui fait exister le territoire comme fondement de la souveraineté et d’une communauté imaginaire (Mattelart, p. 5). Et quand un système se crée, se solidifie, dans ses rebords ou ses marges nait inévitablement un espace de résistance, d’où émergeront d’autres communautés.

Or, les notions d’une communication internationale et d’une communauté imaginaire (donc qui existe hors des frontières légales) sont aussi abordées dans le texte de Adrian John, dans les chapitre 11 à 13 qui traitent du nationalisme, des débuts de la chasse officielle « aux pirates » des nouvelles formes de communications électroniques pour lesquels les producteurs doivent négocier de nouvelles formes d’ententes.

Comme l’explique Johns, « The nationalism of copyright thus inhibited what Youmans called (in his own reprint of European scientists’ views on education) ‘’the culture demanded by modern life’ » (chapitre 11, International Copyright and the Science of Civilization), soit le besoin de diffuser plus largement les connaissances qui se trouvent d’une part faciliter par l’évolution de l’imprimerie et d’autre part entraver par les différentes lois sur le copyright ou les droits des éditeurs sur une œuvre.

Dans « Le torrent des Lumières » – « libérer les flux », « révolutionner la langue », « communiquer par les signes » et « normaliser » – qui ne peut que rappeler les flux actuels de données échangées, souvent illicitement, Mattelart explique que Les Lumières en ont « préparé la naissance en prônant l’échange comme créateur de valeurs (p. 6) ». La libre communication, que l’on ne peut qu’apparenter à Internet, « nargue les frontières ». C’est dans cet esprit d’échange et de fondation d’une identité universelle que Mattelart inscrit l’unité linguisitique et a probablement vu la naissance de la nouvelle grammaire française de Noël et Chapsal publiée au début du 19e siècle.

Mattelart parlera aussi des « utopies de la communication universelle » rejoignant ici Johns dans sa description des forces économiques qui régissent les communications et en font une « industrie ». Citant Proudhon en page 23, il remet l’importance des l’accélération des techno-sciences à sa place en précisant que « Ce qui fait circuler les idées, comme on dit, ce ne sont pas les voitures, ce sont les écrivains, c’est la discussion politique, la presse libre… ». Et c’est ainsi qu’il refait le parcours des agences de presse, expliquant comment le modèle américain, arrivé après celui développé en France en est venu à dominer « le marché ». Puis, on en vient à cette préoccupation de Mattelart, soit la formation d’une industrie culturelle, qui se manifeste dès les débuts du cinéma alors qu’en 1919, 90 % des productions diffusées dans les salles européennes proviennent des Etats-Unis (réf. p. 45).

Culture urbaine, économie axée sur le territoire et encadrement juridique, nous mène à la réflexion que proposent les deux textes suivants sur la densité des habitats urbains et la forme de piratage de ce territoire que constitue le bidonville. Cette forme de résistante aux règles, tout comme l’émergence d’une économie hors normes, est toute cristallisée dans la ville iconique de Kowloon, construction labyrinthique en marge d’Hong Kong, donc un espace urbain à l’extérieur des règles et des lois des États.

Cours 4 – The Globalization of Property

Johns, A. (2010). Piracy: The Intellectual Property Wars from Gutenberg to Gates. Chicago: University of Chicago Press. Chapter 11, 13
Mattelart, A. (2002). La mondialisation de la communication. Paris: PUF
Roy, A. (2011). Slumdog Cities: Rethinking Subaltern Urbanism: Rethinking subaltern urbanism. International Journal of Urban and Regional Research35(2), 223–238. http://doi.org/10.1111/j.1468-2427.2011.01051.x
Davis M (2004) Planet of the Slums: Urban involution and the informal Proletariat. New Left Review 26 (March): 5-34
Kowloon Walled City: http://motherboard.vice.com/read/a-new-look-at-kowloon-walled-city-the-internets-favorite-cyberpunk-slum

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.