Produits de l’information et culture du piratage

Richard Stallman, image sur le blogue : innovate.ucsb.edu/

Richard Stallman, image sur le blogue : innovate.ucsb.edu/

Dans ce cours, les textes proposés offraient un regard sur les tactiques issues de la culture du piratage et leur influence sur la production des produits d’information, surtout la philosphie du prix accordé à un produit d’information. Ainsi, le texte de Kelty se penchait sur la notion des logiciels gratuits et ceux opérant avec un code source ouvert, soit sur la valeur sociale du code, comme monnaie, comme base de l’échange possible d’information et qui par conséquent met au défi les lois du copyright telles qu’on les connait.

Kelty explique comment le fait d’ériger une pratique d’affaires, soit celle de la gratuité en mouvement inclut la pratique d’y accoler un discours et d’en faire l’histoire. Par exemple, dira Kelty, la décision de Netscape de diffuser le code de son produit peut être vue de différents angles. Une de ceux-ci est le modèle d’affaire simplissime qui consiste à donner son produit pour ensuite bénéficier de la reconnaissance et faire de l’argent à la bourse : « Give your product and make money in the stock market (p.101) »

Mais au-delà de cette logique capitaliste, si chacun peut copier le code d’un programme voir en faire sa propre version (« How can one compete, the logic goes, if anyone can copy your program and make their own ersatz version? » (p.102)), l’idée était à la base et demeure encore diront les tenants de produit de code source ouvert, de partager le code pour chacun puisse collaborer à son amélioration. Nous ne sommes pas loin ici de la philosophie qui régnait à la création du Web. Par ailleurs, Kelty rappelera que cette approche de diffuser largement le code, « was in a in a way, an attempts to regain the trust of the to regain the trust of the people who had first imagined the www. » (p.103), comme Tim Berner-Lee qui dès la création du World Wide Web l’avait licencié du domaine public.

Mais parle-t-on de mouvement ou pas ? Nous pouvons retenir ce que Kelty en dit : « Free Software is a social movement, while Open Source is a development methodology. » (p. 113). Donc, il y aurait un mouvement du logiciel gratuit et une façon de développer des programmes selon les préceptes du code source libre. Si cela pouvait aller de soit au moment de l’écriture du texte en 2008, on distingue aujourd’hui ces deux types sur leur philosophie de la licence de copyright. Dans les deux cas, l’auteur renonce au copyright et offre le fruit de son labeur pour qu’il puisse être distribué et modifié.

Les idées sur les pratiques courantes étant parfois fluctuantes, un des textes propose la réflexion de Cory Doctorow sur les essais de Chris Anderson, soit La longue traîne et « Free », qui à son avis pose le même problème : c’est-à-dire de ne pas avoir oser considérer un monde où les coûts proportionnels n’augmentent pas avec la production de copie supplémentaire du bien. Et de là, explique Doctorow, Anderson s’evertue à chiffrer les biens artisanaux ou créer en-dehors du système capitaliste, tombant lui aussi dans le piège de faire cadrer ces nouvelles réalités dans un modèle désuet.

Ce qui rejoint la pensée de Benkler, dans The Wealth of Networks, alors qu’il dit que le logiciel gratuit ou “Free Software” n’est que la partie visible de toute une production realisée par les utilisateurs, ce depuis le début du nouveau siècle (« Free Software is, without a doubt, the most visible instance of peer production at the turn of the twenty-first century. » p.68)

Et si le piratage produisait des codes culturels? C’est ce que Sundaram avance dans Pirate Modernity: Delhi’s Media Urbanism. Pour ramener Deleuze et Guattari, Sundaram réfléchit sur la question de la territorialisation versus la déterritorialisation, car le piratage est à la fois un phénomène de l’intérieur et de l’extérieur, le piratage est un manifestation du nomadisme. À titre de communication, le piratage est une forme centrifugeuse qui rayonne du centre vers la périphérie.

Concluons ici avec le Cyber-Marx de Dyer-Witheford, une réflexion qui ramène cette censée lutte des classes ouvrières contre les machines numériques qui n’a jamais atteint une perspective théorique qui dépassait un certain néo-ludisme (these have usually not offered any theoretical perspectives beyond the neo-Luddism discussed in the previous chapter » p. 129). Or si les forces ouvrières se constituent en collectivité pour résister au capital, le capital doit agir pour décomposer cette cohésion menaçante. N’est-ce pas là tous les efforts mis à briser l’échange « peer to peer » qui utilise la technologie pour se soustraire au marché?

Cours 6 – Production et piratage

Kelty, C. (2008). Two bits: The cultural significance of free software and the Internet. Durham, NC: Duke University Press. Ch. 3 & 4. http://twobits.net/pub/Kelty-TwoBits.pdf
Benkler, Y. (2006). The Wealth of Networks: How Social Production Transforms Markets and Freedom. New Haven: Yale University Press. Ch. 2 & 3. http://benkler.org/Benkler_Wealth_Of_Networks.pdf
Sundaram, R. (2009). Pirate Modernity: Delhi’s Media Urbanism. London?; New York: Routledge. Ch. 3
Dyer-Witheford, N. (1999). Cyber-Marx: Cycles and Circuits of Struggle in High-Technology Capitalism. Urbana: University of Illinois Press. Chapter 4: Cycles http://www.fims.uwo.ca/people/faculty/dyerwitheford/Chapter4.pdf
Streeter, T (2011). The Net Effect: Romanticism, Capitalism, and the Internet. New York: New York University Press. Chapter 6
Doctorow, C. (2009, July 28). Chris Anderson’s Free adds much to The Long Tail, but falls short. Retrieved June 16, 2015, from http://www.theguardian.com/technology/blog/2009/jul/28/cory-doctorow-free-chris-anderson

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