Accélérationnisme ou deuxième vague futuriste?

«Faut-il être fou pour prôner « l’accélérationnisme » en une époque où chacun se plaint que tout aille trop vite ? Faut-il être retardé pour agiter la bannière du futurisme après qu’un siècle d’aventurisme technoscientifique a empilé ses montagnes de pollutions industrielles, de déchets nucléaires et de surveillance généralisée ?»

Yves Clitton, revue Multitudes, #56

Dans le texte « Crash and Burn », Noys et Galloway discutent dans le mode de la conversation de la mouvance accélarationniste, à la suite du manifeste de Nick Srnicek et Alex Williams #Accelerate Manifesto (2013). Ainsi, ils répondent en quelque sorte à cette question de Yves Clitton.

Au départ, nous avions eu l’intuition que l’accélérationnisme s’inscrivait dans la même voie que le Futurisme de Marinetti ou le postmodernisme de Lyotard, ce que ne nie pas Noys, mais ces mouvements parlaient d’une accélération destinée à suivre celle imposée par le capitalisme. Or, dans la nouvelle définition de Noys, l’accélérationnisme se veut une critique active des limites et de la stagnation du capitalisme par l’abstraction et la raison.

Pire encore, comme l’ont reconnu Deleuze et Guattari, dès le début, ce que la vitesse capitaliste déterritorialise d’une main, elle le reterritorialise de l’autre. Le progrès se trouve emprisonné dans le cadre étroit de la plus-value, de l’armée de réserve de main-d’œuvre, et de la libre circulation du capital.

Extrait du Manifeste Accélérationniste (version française) de Srnicek et Williams

En lisant la conversation entre Noys et Galloway, nous nous sommes demandées s’il existait pour l’accélérationnisme une philosophie de vie, comme celle que les Futuristes prônaient, exacerbant les conflits interpersonnels dans leur groupe, incitant même à la bagarre, voire à la querelle physique.

La réponse à cette question se trouvait dans le texte de Harpers. Écrit par Sam Frank, qui y raconte son parcours de Occupy Wall Street, jusqu’à la rencontre de groupuscules libertariens apocalyptiques de la Silicon Valley. Aussi fantaisiste ou farfelu que l’appellation puisse paraitre, ces penseurs des nouvelles technologies songent à refaire le modèle de gouvernementalité selon les futures possibles : c’est-à-dire en imposant un modèle de prise de décision basé sur les impacts possibles de chaque décision. On y trouve des groupes de recherche libertariens, autofinancés comme le MIRI, un sous-groupe intéressé à la cryogénisation, un autre à l’intelligence artificielle et tutti quanti.

De cette philosophie nous retenons, l’apport des Decentralized Autonomous Organizations (D.A.O) et surtout, comment la fermeture du gouvernement américain à l’automne 2013 n’a absolument rien changé au monde, alors que, comme le raconte l’auteur en citant une personnalité d’affaires, si les principales compagnies technologiques de Silicon Valley fermaient tout une journée, la bourse s’effondrerait et les conséquences se feraient sentir partout. #Accelerate 🙂

Lectures cours 12

  • Cunningham, D. (2015). A Marxist heresy? Accelerationism and its discontents. Radical Philosophy, 191(May/Jun), 29–38.
  • McKelvey, F. (hopefully). Selections from Media Daemons on Transmissive Control and The Pirate Bay.

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